Albert NGUIDJOL
HOMMAGE À KOPA
Par Albert Nguidjol
A mon Président, ami et grand-frère Tsobgni Kopa de l'Aigle Royal de Dschang:
Dans ma riche et intense carrière d'entraineur de Football au Cameroun, j'ai directement rencontré beaucoup de Présidents de clubs, chacun avec son tempérament, ses forces et ses faiblesses. Mais dans la capitale du Department de la Menoua, j'ai eu le privilège de rencontrer le Président Tsobgni Roger Alias Kopa, qui avait eu la chance d'être footballeur d'élite, entraineur et puis Président de club.
Dans ma petite enfance, je l'ai vu jouer lors des duels entre l'Aigle Royal de Dschang et notre équipe locale de première division l'Union d'Edéa.
Comme entraîneur je l'ai vu à l'oeuvre sur le banc de touche de l'Aigle de Dschang, pendant que j'evoluais dans le Dragon de Yaoundé et dans Fédéral de Foumban.
En 1983, j'ai été affecté comme professeur d'EPS au Centre Universitaire de Dschang et j'ai découvert Kopa comme Président de l'Aigle Royal de Dschang. Dans la bonne humeur, la générosité de coeur et l'amour du sport et singulierement l'amour du football qui le caracterisait, il m'a chaleureusement souhaité la bienvenue à Dschang autour d'un repas copieux, et nous avons parlé de tout et de rien, sauf de ma carrière de footballeur car malgré la distance, je travaillais à Dschang mais je continuais de jouer dans l'Equipe fanion du Noun, Fédéral de Foumban, qui était encore en Première Division.
À la fin de la saison sportive 1983-84, mes charges académiques au Centre Universitaire, mes responsabilités familiales et le petit poids de l'âge m'ayant empêché de renouveler ma licence dans Fédéral de Foumban, j'ai été abordé par le feu Président de Bamboutos de Mbouda Mr Fofie Christophe, qui avait accepté toutes mes conditions.
Mis au parfum de mon éventuel départ dans Bamboutos de Mbouda, un club rival à l'Aigle Royal de Dschang en deuxieme division dans la poule provinciale de l'Ouest, Kopa a piqué une crise. Il est venu me voir et je lui ai dit que pour réconsidéré mon adhésion dans Bamboutos de Mbouda, il devrait dédommager l'Équipe de Mbouda, malheureusement la barre était financièrement très haute pour les caisses de l'Aigle car je ne jouais plus pour les cacahuètes.
Ce fut une saison sportive très très difficile pour moi, notamment lors des duels entre l'Aigle de Dschang et Bamboutos de Mbouda, qui souvent étaient suivis de beaucoup de débordements.
Résidant à Dschang, je me souviens encore du mécontentement des supporters de l'Aigle qui digéraient mal mon choix et qui me criblaient d'injures lors des derbies entre ces deux équipes, car le résultat était toujours en faveur de Bamboutos.
Seulement, pendant ce temps, Kopa avait pu assainir la situation entre lui et moi, à la fin de mes deux saisons dans Bamboutos, lorsqu'il avait vu la force de ma personnalité, à travers mon nouveau choix très surprenant de signer plutôt dans une autre équipe de deuxième division, Fozap de Dschang du Président Nguimatsa, où j'étais joueur/entraîneur, au lieu de rejoindre l'Aigle Royal de Dschang.
À la fin de cette saison sportive, quoi qu'en 2e Division, Fozap de Dschang qui, avec les Mario, Monkam, Ngalamo le goal, Petit Charles, Papalo et le grand Alphonse Tchami, jouait un football limpide et exquis, avait joué la Coupe du Cameroun jusqu'en 1/4 de finale où le Tonnerre de Yaoundé nous avait éliminés par 2-0
Cette année là, l'Aigle de Dschang devient Champion de la Poule de l'Ouest, peut-être parceque je n'étais plus dans Bamboutos...Rires. Donc Qualifié pour le tournoi Inter-Poules.
Un soir Kopa vint me voir pour me demander si je pouvais accepter de préparer l'Aigle de Dschang pour le tournoi Interpoules 1986-87. Je me sentis très obligé de le faire compte tenu des efforts et des sacrifices personnels qu'à distance je voyais cet homme de cœur faire au profit de son département et en faveur de la jeunesse de la ville de Dschang. Et compte aussi de toutes les qualités de rassembleur que je l'ai vu démontrer pour détendre l'atmosphère entre lui et moi, les populations de Dschang et moi.
Cette année, le tournoi Interpoules consacra la remontée de l'Aigle Royal de Dschang en Première Division, et ce fut l'euphorie à Dschang le jour de notre arrivée dans la ville.
Malheureusement mon expérience avec l'Aigle de Dschang en première division avait été très compromise par des petites crises internes qui m'obligèrent de démissionner, d'ailleurs contre le gré de Président Kopa.
En 1989 je fus affecté au Centre Universitaire de Dschang et à ma très grande surprise, quoi qu'entraînant la Dynamo de Douala, ma relation avec Kopa continuait de prendre une dimension plus grande, si bien que lors de tous ses passages à Douala nous nous rencontrions.
Entre temps, les intrigues qui m'avaient obligé de quitter le banc de touche de l'Aigle de Dschang, avaient continué, et avaient provoqué le départ du monument Kopa de l'Aigle Royale de Dschang.
Dans sa retraite sportive, Kopa m'avait beaucoup fait souffrir car tout le temps quand nous nous voyions à Douala, il me disait "Coach, c'est fini entre le football et moi" et je lui répondais toujours " Pépé je comprends et je respecte ta position".
Une fois il était de passage à Douala. J'entrainais déjà l'Union de Douala, et nous avions un duel contre le Racing de Bafoussam.
Je savais que Kopa n'allait plus du tout dans les stades de football. Je l'ai flatté, et conscient de la bonne préparation de mon équipe, je lui ai dit "Pépé, sais tu que depuis que j'entraîne l'Union de Douala tu n'es pas venu me supporter"? Il m'a regardé bizarrement, et avec son rire en coin, il m'a promis de venir regarder le match au Stade de la Réunification, et il l'a fait.
Ce fut un très grand et beau match, l'Union avait gagné par 3 buts à 1. Et ce soir au Sawa Novotel, Kopa m'appela dans un coin de sa suite à l'hôtel, et me remis 50.000fcfa en me disant "Nguidjol, tu es un grand coach, voir tes enfants jouer, je souscris à ta demande de revenir dans le football mais plus dans l'Aigle".
Comme l'Union de Douala était une équipe Bamiléké, j'avais pensé que Kopa voulait devenir dirigeant des Nassaras Kamakaï. Nous avons retourné le problème dans tous les sens et finalement nous tombâmes d'accord de créer une équipe de football à Dschang pour le bonheur de la jeunesse de la Menoua et pour l'animation de la vie dans la capitale de la Menoua.
Kopa me dit alors qu'il fallait que le nom de cette équipe soit un rapace. Immédiatement je lui ai dit "Épervier de Dschang". Kopa a ri comme lui seul savait le faire, jusqu'à avoir les larmes aux yeux. Après je lui ai demandé pourquoi il riait tant, et il m'a dit qu'il y avait eu Épervier d'Ebolowa et que lui il voulait un nom que les Camerounais n'avaient jamais entendu.
Malheureusement ce soir nous ne trouvâmes pas de nom.
Kopa rentra à Dschang et deux semaines après, il revint à Douala pour me dire qu'il avait trouvé un nom; je lui demandai lequel donc et il me dit "Vautour de Dschang".
Le 27eme Anniversaire en 2020, de la commémoration du décès de cette icône du football camerounais en général, de la Région de l'Ouest et de la ville de Dschang en particulier est un moment de prise de conscience et d'interrogations personnelles par rapport à la grande dégringolade du football Camerounais, elle même liéé à la disparition des dirigeants passionnés et dévoués comme Kopa, et constitue un moment des révélations que j'ai gardées pendant très longtemps, afin que celles-ci inspirent les jeunes et tous les amoureux du football et afin que certaines spéculations sur l'avilissement des motivations des dirigeants nobles et des hommes de valeur comme le Président Kopa soient à jamais dissipées, ne fût-ce que pour le respect de l'homme et pour la postérité de sa famille.
Il y a trois ans, j'avais reçu une demande d'amitié d'une jeune fille dans Facebook qui avait le nom Tsobgni. Comme souvent, j'ai ignoré la demande car le visage de cette fille ne me rappelait rien du tout. Quelques temps après cet élément de Facebook revenait toujours dans mon esprit. C'est alors que j'ai appelé mon ami Sobgou François Didi. Je lui ai donné le nom de la fille et je lui ai demandé s'il la connaissait.
À ma très grande surprise Didi m'a dit que c'était la fille de Kopa. Je n'en revenais pas. J'ai donc accepté l'amitié, nous sommes rentrés en contact, et ce jour, elle pleurait chez elle et moi, je pleurais chez moi.
Bref! Mémé comme son Papa l'appelait affectueusement quand elle grandissait, est venue me voir quelques mois après et j'étais aux anges. J'ai pensé au témoignage de Mémé lors des obsèques de Kopa, alors qu'elle avait à peine 12 ans. Son témoignage qui était le tout dernier avant l'inhumation, était si émouvant que nous tous avions fondu en larmes.
Presque trois décennies après la mort de Kopa, l'entreprenariat et la détermination de Mémé me rappele beaucoup son Papa et je ne cesse de lui dire que je suis très fière d'elle.
Aujourd'hui, avec beaucoup de recul, je tire le chapeau à mon ami et grand frère Kopa car, au vu de tout ce que j'ai entendu après sa mort, au vu de ce qui s'est passé dans sa famille après sa mort, je comprends pourquoi il avait choisi de donner le nom VAUTOUR à l'équipe de football qu'il avait créée à Dschang après son départ de l'Aigle.
Je peux juste dire à tout le monde de permettre que la progéniture de Kopa continue de prospérer comme il l'aurait souhaité, s'il vivait encore.
Aussi, je souhaiterais que la Fondation Tsobgny Kopa puisse voir le jour à Dschang un de ces quatres matins, car Dschang est une ville où la jeunesse a besoin d'aide et d'assistance.
Empêcher que tout ce que Je viens d'énumérer se réalise, sera la TROISIÈME mort de Kopa, après sa DEUXIÈME mort, qu'avait constitué le décès après lui de son fils unique Patrice, de suite d'un accident de circulation.
Repose en paix Pépé, je ne t'oublierai jamais, car je sais que de là où tu es, tu veilles sur ta progéniture et continue de veiller sur les enfants des autres qui t'ont rejoint au séjour des morts, et que tu avais si bien encadrés sur terre ( Nguena, Namvou Caporal, Ebongue, Nguena...)
Peace and Love
Albert Nguidjol.